Les petits plaisirs de la garde alternée

De l’interrogatoire anxieux à l’émerveillement complice du développement de votre enfant

Les Difficultés Systémiques

Corps-Signifiant: La garde alternée active votre système d’attachement maternel en détresse permanente. Votre corps interprète chaque séparation comme un abandon et potentiellement une « inspection » de vos compétences maternelles.

alice et les personnages

Esprit- anxieux: La « zone aveugle » de la vie de l’enfant chez son l’autre déclenche un concert cacophonique de votre esprit qui ne dépasse pas le niveau de vos idées qui s’échappent comme votre sueur sans que vous puissiez les retenir:

  • Part Contrôleuse : « Je dois tout savoir pour la protéger »
  • Part Coupable : « Si je ne sais pas, c’est que je suis un(e) mauvaisx(se) père/mère »
  • Part Détective : « Il faut que j’enquête pour démasquer ce qui ne va pas »

Être-Social conforme : Vous subissez la pression de la « parentalité parfaite » moderne qui impose un contrôle total sur l’environnement de l’enfant, alors que la structure familiale éclatée rend ce contrôle impossible par définition.

L’observation active

Vous êtes respectueux et prudent envers les autres de votre équipe pédagogique, alors que vous leurs accordez un droit à agir auprès de vos enfants:  « Quand la maîtresse décide d’enseigner les rois de France, tu ne dis pas ‘Comment ça, les rois ? Moi je suis démocrate !’ Tu restes curieuse de ce que ton enfant apprend. »

Vous ferez de même avec l’autre parent de votre enfant, en dépassant le mode réactionnel de l’esprit anxieux , et en accédant autant que possible, voire toujours au niveau de votre conscience partagée ou relationnelle : Même séparés, la relation perdure et perdurera toujours ( vous serez toujours co-parents, co-grands parents etc) 

  • Au lieu de : « Qu’est-ce qui s’est passé chez papa ? » (interrogatoire anxieux)
  • Proposer : « Comment tu as changé cette semaine, ma petite Énola de 4 ans 3 mois et 18 jours ? »

Les Trois Questions Transformatrices de l’expérience de votre enfant chez l’autre

  1. « Qu’est ce qui s’est passé cette semaine, sans raconter ce que tu as fait dis moi, comment as tu  changé ? » (focus sur l’évolution)
  2. « Qu’est-ce que tu as vécu d’utile ? » (valorisation des expériences, pour qu’elles puissent resservir : une passerelle formidable pour réduire le stress anxieux et orienter votre enfants vers le stress confiant dans les moments de changements et d’incertitude)
  3. « Qu’est-ce que tu as appris d’important ? » (Tu as appris plein de choses, parle moi de ce qui est le plus important pour toi : ouverture et curiosité de votre enfant, ancrage des acquis)

Bénéfice Systémique : Cette approche transforme votre anxiété de contrôle en émerveillement de croissance, nourrissant une « conscience relationnelle » qui transcende la séparation géographique.

Maintenir la continuité narrative de votre enfant malgré la séparation géographique : La BD relationnelle

Que les parents soient unis ou désunis, que l’enfant vive dans un foyer stable ou en garde alternée, il est extrêmement important, vraiment très très très important que l’enfant ait ses petites routines : Qu’il ou elle ne se sente pas disparaitre de la vie d’un parent pendant qu’il est  à l’école ou chez l’autre parent.
Grâce au récit de soi dans les moments vécus chez l’autre parent, ou dans la circulation des savoirs scolaires aussi, l’enfant se construit un sentiment essentiel de constance de lui(elle)-même. »

Ces propos répondent à une mère fraichement séparée du père de sa fille et qui consulte en guidance familiale, Elle vient de plonger au cœur d’un défi majeur de notre époque : préserver l’unité psychique de nos enfants dans un monde familial éclaté ?

Il y a tant d’enfants qui souffrent de troubles de l’attachement de nos jours : une des causes premières des troubles de déficit d’attention ( à soi même, à ses émotions, à ses ressentis, à sa présence au monde) et d’hyperactivité (il faut bien s’agiter pour ne pas sentir ce qui serait douloureux à ressentir!)
Il est de notre responsabilité collective de répondre à leurs besoins affectifs réels : la sécurité la confiance, la prédictibilité de ce qui va se passer ce soir, des routines.

La vie comme une recherche-action du métier de mère et thérapeute :

De la responsabilité de répondre aux besoins affectifs réels de l’enfant au bricolage maternel et familial

« J’ai du gérer cette question du sentiment de sécurité de mes enfants alors que leur papa, marin, partait en mer régulièrement. Un jour il était là et le lendemain, il ne rentrait pas. Les petits de quelques mois déjà en souffraient. Quand le père rentrait les retrouvailles étaient déchirantes. Les petits traversent un désordre émotionnel : en retrouvant le père, ils ressentent combien il leur a manqué. Il peuvent être figés ou pleurer ou rire et pleurer en même temps sou s’enfouir le nez dans l’imper du papa et ne plus en bouger. Les jours d’après le retour, les enfants étaient effarés quand ils quittaient leur père de vue. J’en étais moi même bouleversée. Tous ces jours ou mois sans nouvelles ( pas d’internet dans les sous marins) étaient aussi une difficulté pour le père qui les retrouvaient avec un petit sentiment d’étrangeté alors que les récits arrivaient dans le , oublieux que l’absence n’avait pas permis de partager les références.

la bd pour papaIl fallait réduire les impacts des absences paternelles. A l’époque il n’y avait pas internet et pas d’accès à des conseils éclairés comme on en a aujourd’hui grace au web. J’ai inventé. 

Face aux absences répétées de mon mari marin, j’ai développé intuitivement un outil qui allait révolutionner notre vie familiale : la BD des aventures.

« Je faisais une très longue bande de papier – des bandes de papier A4 coupée en trois dans le sens de la longueur, et je faisais autant de cases qu’il était prévu que mon mari parte.( et quelques unes en plus au cas où). Ce n’était pas un calendrier, il ne s’agissait pas de cocher les jours. C’était un ordre de mission : nous avions la mission de remplir chaque jour d’un moment mémorable, mémorisé et à raconter au retour »

« Dans chaque case – qui faisait à peu près 7 par 7 si tu découpes comme ça – je mettais juste la date : lundi, mardi, mercredi ou les chiffres, parce que j’avais des enfants d’âge différents (J’ai commencé cela , mon ainée était seule, lors des dernières marées, ils étaient 5) « Et donc tous les soirs, on décidait ensemble du moment marquant, soit de la famille si c’était le week-end – ce qu’on avait fait ensemble, on était allés à la mer, Un tel s’était tenu debout tout seul, ou tel autre avait perdu une dent… ou alors on était montés faire du vélo en haut au Faron – ou alors c’était dans la semaine, un enfant avait vécu quelque chose de particulier et on dessinait ce que l’enfant avait vécu. »

L’émotion du partage

le papa d'alice« Et quand le papa revenait, on reprenait toute la bande, on la déroulait et on racontait, avec enthousiasme, émotions chacun voulant grimper sur le père à son tour de raconter.

Je me souviens encore de l’émotion dans les yeux de mes enfants lors de ces moments de « déroulage ». Leurs visages s’illuminaient en revoyant leurs dessins, en se remémorant ces instants qu’ils avaient choisis comme précieux.

La sagesse de l’enfant révélée

« Il y avait des choses… par exemple, dans la nuit du vendredi à samedi, les enfants ont changé de pyjama. Donc des fois les enfants racontaient : ‘Le moment important de la journée c’est que j’ai retrouvé ma chemise de nuit à fleurs que j’aime tellement et qui était douce.' »

Cette anecdote m’a profondément marquée. Ce que nous, adultes, considérons comme insignifiant peut être l’événement le plus marquant de la journée d’un enfant. Leur chemise de nuit douce, retrouvée après le lavage, valait tous nos projets grandioses.

« Voilà, on mettait un événement de la journée, on dessinait Delphine avec sa chemise de nuit à fleurs qu’elle aimait bien. L’idée c’est qu’on met ce que l’enfant a envie de noter qui est important. »

L’Impact Révélateur

« Je comprends au point que des fois, quand les enfants avaient leurs deux parents à la maison et qu’on allait se promener, ils me disaient : ‘Oh c’est dommage qu’on n’ait pas la bande de papier pour écrire ce qu’on a fait aujourd’hui !' »

Mes enfants avaient tellement intégré cet outil qu’ils le réclamaient même quand nous étions tous ensemble ! Ils avaient compris intuitivement que faire mémoire du meilleur de soi était précieux en soi.

« Cette question de faire mémoire de soi ou de mémoire du meilleur de soi dans la journée, c’était aussi une façon de faire le bravo du soir. »

Les risques scientifiquement documentés de la garde alternée

Le trouble de la constance de soi

La constance de soi (self-constancy) est un concept développé par Mahler, Pine et Bergman (1975) qui désigne la capacité de l’enfant à maintenir une représentation stable de lui-même malgré les changements d’environnement. En garde alternée, cette constance est mise à rude épreuve.

Recherches clés :

  • Bretherton et Munholland (2008) montrent que les transitions répétées peuvent fragmenter la représentation interne de soi chez l’enfant
  • Solomon et George (2016) documentent le risque de « clivage identitaire » quand l’enfant développe des « sois multiples » adaptés à chaque environnement parental

Les effets sur le système d’attachement

Les travaux de John Bowlby (1969) et Mary Ainsworth (1978) révèlent que la sécurité d’attachement dépend de la prévisibilité et de la constance des figures d’attachement.

Risques identifiés par la recherche contemporaine :

  1. Désorganisation de l’attachement (Main et Solomon, 1986) : l’enfant ne peut plus prédire quel « parent » il va retrouver d’une semaine à l’autre
  2. Stress de séparation répété (Shonkoff et Phillips, 2000) : chaque transition réactive le système de détresse, épuisant les ressources adaptatives de l’enfant
  3. Confusion des modèles internes opérants (Bretherton, 1985) : l’enfant développe des représentations contradictoires des relations qui peuvent persister à l’âge adulte

L’impact sur le développement neurologique

Les neurosciences modernes révèlent l’impact des transitions répétées sur le cerveau en développement :

Recherches neurologiques :

  • Van der Kolk (2014) montre que l’instabilité environnementale maintient l’amygdale en hyperactivation
  • Siegel (2012) documente comment l’incertitude chronique affecte le développement de l’hippocampe et de la mémoire autobiographique
  • Perry (2009) révèle que les transitions répétées peuvent altérer les circuits de régulation émotionnelle

Les bénéfices scientifiques de l’écriture symbolique

1. Consolidation de la mémoire autobiographique

Base scientifique : les travaux de Tulving (1972) sur la mémoire épisodique montrent que la narration des événements personnels renforce leur encodage neurologique.

Mécanisme : En dessinant et racontant leur journée, les enfants :

  • Activent l’hippocampe pour consolider les souvenirs
  • Créent des liens neuronaux entre émotion (amygdale) et narration (cortex préfrontal)
  • Développent leur capacité de métacognition (thinking about thinking)

2. Régulation du Système Polyvagal

Base scientifique : Stephen Porges (2011) démontre que la co-régulation narrative active le système nerveux parasympathique.

Effets observés :

  • Chez l’enfant : Le moment de partage active son système d’engagement social, réduisant l’anxiété de séparation
  • Chez le parent : Écouter le récit de l’enfant active également son propre système de connection, renforçant le lien d’attachement

Mécanisme polyvagal : La voix douce, le contact visuel et l’attention partagée pendant le « déroulage » activent le nerf vague ventral, créant un état de sécurité physiologique.

3. Construction de la continuité narrative

Base scientifique : McAdams (2001) montre que l’identité se construit à travers la continuité narrative – notre capacité à relier nos expériences en une histoire cohérente.

Bénéfices documentés :

  • Cohérence identitaire : l’enfant peut intégrer ses expériences des deux foyers en un récit unifié
  • Sentiment d’agentivité : en choisissant ce qui mérite d’être dessiné, l’enfant reprend du pouvoir sur son histoire
  • Résilience narrative : même les difficultés deviennent partie intégrante de son histoire personnelle

4. Développement de la théorie de l’esprit

Base scientifique : Baron-Cohen (1995) montre que la capacité à comprendre les états mentaux d’autrui se développe à travers les échanges narratifs.

Application : Quand l’enfant raconte sa journée au parent absent, il :

  • Apprend à se mettre à la place de l’autre (« Qu’est-ce que papa/maman a besoin de savoir ? »)
  • Développe son empathie et sa capacité de communication
  • Renforce son sentiment d’être vu et compris

L’innovation thérapeutique : De la BD au Carnet de liaison moderne

Adaptation Contemporaine

album photo nomade

« Quand la famille est éclatée par l’impact du divorce, on peut faire un bravo dessiné. »

L’outil peut être adapté aux réalités actuelles :

  • Carnet de liaison illustré qui voyage dans le sac de l’enfant
  • Album photo nomade avec des pages vierges pour dessiner
  • Remarque : On évitera jusqu’à 7 ans l’application numérique ,où les médias sont trop volatiles, pour partager les moments précieux,  cela ne permet pas le dessin qui est un engagement kinesthésique dans la production des supports de la narration et cela ne se retrouve pas des années plus tard,

Protocole d’Application

Étape 1 : Ritualisation Créer un moment quotidien dédié (par exemple, après le dîner) où l’enfant choisit son moment important de la journée.

Étape 2 : Libre expression Laisser l’enfant dessiner, écrire ou coller ce qui représente ce moment, sans jugement adulte sur l’importance de l’événement choisi.

Étape 3 : Partage différé Lors du retour chez l’autre parent, prendre le temps de « dérouler » ensemble la semaine vécue, en écoutant vraiment le récit de l’enfant.

Bénéfices pour la Co-parentalité

Réduction des conflits : Les parents se concentrent sur l’expérience de l’enfant plutôt que sur leurs griefs mutuels.

Communication indirecte : L’outil permet une transmission d’informations sans communication directe entre ex-conjoints.

Valorisation mutuelle : Chaque parent peut apprécier les moments de bonheur vécus chez l’autre, réduisant la compétition parentale.

Recommandations pratiques basées sur la recherche

A partir de 3 mois jusqu’à 4 ou 5 ans

  • Support visuel dominant : dessins simples, gommettes, photos

  • Vocabulaire émotionnel : « Comment tu t’es senti quand…? »
  • Rituel court : 10-15 minutes maximum

Pour les 7-12 ans

  • Narration plus élaborée : quelques mots écrits en plus du dessin

  • Réflexion métacognitive : « Qu’est-ce que tu as appris aujourd’hui ? »
  • Autonomie progressive : l’enfant gère seul son carnet, éviter l’intrusion s’il préfère moins partager.

Pour les adolescents

  • Format libre : texte, photo, musique, création artistique
  • Respect de l’intimité : possibilité de garder certains éléments privés
  • Échange volontaire : partage uniquement ce qu’ils souhaitent communiquer

Conclusion : réparer la déchirure par la beauté du quotidien

« Des fois les enfants racontaient : ‘Le moment important de la journée c’est que j’ai retrouvé ma chemise de nuit à fleurs que j’aime tellement et qui était douce.' »

Cette phrase résume toute la philosophie de l’outil : la beauté se cache dans l’ordinaire, et c’est en célébrant ces micro-moments que nous reconstituons l’unité psychique de nos enfants.

La garde alternée n’est plus alors vécue comme une déchirure mais comme une richesse : l’enfant apprend qu’il peut être entier tout en vivant dans deux mondes, qu’il peut aimer différemment sans être divisé, qu’il peut grandir dans la complexité tout en gardant sa simplicité d’être.

L’outil ne guérit pas la séparation – Il permet de mettre en oeuvre ce que Maud Mannoni définit dans son ouvrage  » L’éducation impossible » la solution de préservation ou de récupération de l’intégrité de l’enfants, les dispositifs « éclatés-reconnectés ». Ici la famille éclatée se reconnecte dans la traversée du temps du support qui est dans un temps produit et dans un autre temps reproduit, pour transformer la fracture en oeuvre mosaïque du sentiment de constance de soi, des enfants mais aussi des 

parents.

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Dr. Sandrine de Monsabert

Docteur en Sciences de l’Éducation, Psychopraticienne
Cabinet La Parent’Aise – Ollioules


Sources et références scientifiques

  • Ainsworth, M. D. S. (1978). Patterns of attachment: a psychological study of the strange situation
  • Baron-Cohen, S. (1995). Mindblindness: an essay on autism and theory of mind
  • Bowlby, J. (1969). Attachment and loss, vol. 1: attachment
  • Bretherton, I. (1985). Attachment theory: retrospect and prospect. Monographs of the Society for Research in Child Development
  • Main, M., et Solomon, J. (1986). Discovery of an insecure-disorganized/disoriented attachment pattern
  • McAdams, D. P. (2001). The psychology of life stories
  • Perry, B. D. (2009). Examining child maltreatment through a neurodevelopmental lens
  • Porges, S. W. (2011). The polyvagal theory: neurophysiological foundations of emotions
  • Siegel, D. J. (2012). The developing mind: how relationships and the brain interact to shape who we are
  • Van der Kolk, B. (2014). The body keeps the score: brain, mind, and body in the healing of trauma