Mon enfant s’oppose et provoque. Souffre-t-il d’un TOP? Que faire? Que ne pas faire?

Publié le : 12 août 2021
Dans la catégorie : Boite à outils d'Art familial

Les troubles familiaux ordinaires – Le trouble de l’opposition et de la provocation

L’opposition d’un enfant et son besoin de provoquer des réactions des parents, est normale. Elle participe à sa croissance psychologique alors qu’elle lui permet d’exercer son autodétermination , de développer son autonomie, de tester les limites, de vérifier qu’il  compte pour les parents, qu’il est aimé inconditionnellement.

Il y a trouble de l’opposition avec provocation , TOP quand les interactions sont très souvent colorées négativement. D’après la nomenclature officielle, il y a TOP si l’enfant :

  1. ne sait pas avoir une activité personnelle, il s’embête seul
  2. cherche à embêter les autres délibérément
  3. N’a pas la conscience de sa responsabilité dans ses erreurs ou ses conduites négatives.
  4. ne reconnaît pas ses fautes, ne supporte pas les critiques, il a honte, et l’exprime par de la susceptibilité ou de l’agacement 
  5. se met souvent en colère
  6. conteste souvent, voire systématiquement, ce que disent les adultes
  7. s’oppose souvent activement ou refuse de se plier aux demandes ou règles des adultes
  8. est souvent fâché et plein de ressentiment
  9. Il n’a pas souvent de gentilles attentions pour les autres, il a peu d’empathie, et en revanche, se montre souvent méchant ou vindicatif

N.B. On ne considère qu’un critère est rempli que si le comportement survient plus fréquemment qu’on ne l’observe habituellement chez des sujets d’âge et de niveau de développement comparables et si le nombre de symptômes tend à augmenter avec l’âge, commencent à la maison et s’étendent à d’autres lieu de vie. Ainsi le trouble n’est pas toujours visible à l’école, en collectivité ou lors d’un examen clinique (chez un professionnel de la santé).

Souvent, les sujets ne se considèrent pas eux-mêmes comme hostiles ou provocateurs mais perçoivent que leur conduite est justifiée en réaction à des demandes déraisonnables ou des circonstances injustes.

Il est donc inutile de relever ou démontrer leurs « fautes », mais nécessaire de nourrir un sentiment de confiance réciproque (vous avez confiance en eux et leur capacité à diminuer leur sentiment d’injustice et retrouver la paix) et de sécurité.

Les comportements perturbateurs n’incluent généralement pas d’agressions physiques envers les personnes ou les animaux, de destruction de biens matériels, ou de recours habituel au vol ou à l’escroquerie, qu’on appelle troubles de conduite mais ils peuvent les annoncer et, en attendant empêcher le fonctionnement social scolaire et professionnel jusqu’à limiter les apprentissages, mettre le sujet en échec chronique, produire des personnalités antisociales, et à moyen termes des atteintes physiologies de discordance entre le corps et l’esprit, des troubles cénesthésiques ou des schizophrénies .

Il est donc important de les prendre en compte et de les traiter dès leur apparition, comme des troubles simples et facilement résorbables.

Colère

Jean

Jean est étiqueté depuis tout petit comme atteint d’un trouble de l’opposition et de la provocation. Jean a été adopté

Le père dit que dès qu’il est arrivé dans la famille, il a détruit la famille tant ses besoins étaient extraordinaires, supérieurs à ce qu’ils pouvaient lui donner. Le père considère que c’est la mère qui ne sait pas y faire, qui le gâte trop.

La mère dit que vraisemblablement l’enfant souffre de troubles neurologiques congénitaux: il est né d’une femme qui a déclaré un cancer pendant la grossesse qui a été placée sous traitement antidouleur à plusieurs reprises et qui est décédée juste après la naissance. C’est ce qui pourrait expliquer, selon la mère, et les assistants sociaux, qu’il ne dormait pas, ne se reposait pas, ne s’endormait pas quand on le berçait, mais sollicitait les bras sans cesse. A la maison il a un comportement opposant (refuse de venir à table, donne des coups quand on vient le chercher), ou destructeur (il déchire à répétition ses vêtements neufs, il peut sortir pêle mêle tout le contenu d’un placard pour s’y enfermer…) ou dissimulateur (il vole de la nourriture, il subtilise le téléphone de sa mère et le cache pour le retrouver la nuit et y jouer, il nie ses larcins…) . En milieu scolaire, il refuse souvent les règles, il provoque des disputes, se dénigre, dénigre les autres  et s’enfuit. En public, il manifeste sa colère et il est « la honte de ses parents ».

L’enfant dit qu’il a honte de ses parents: de sa mère biologique qui a préféré et le faire naitre mourir plutôt que de se soigner, des ses parents adoptifs qui ne comprennent rien et qui se croient très forts. Jean, 12 ans après sa naissance et son adoption, dit qu’il ne sent pas qu’il aime, que sa famille n’est pas une famille et qu’il ne veut pas fonctionner avec toutes ces personnes qui ne savent rien de lui mais se croient légitimes à lui donner des ordres et des règles.

Les parents souffrent. Ils demandent un placement de l’enfant en pension. L’enfant souffre. Il refuse absolument l’institution proposée. il demande une autre famille.

L’enfant est placé 2 jours en observation. Il arrive avec son petit sac, ses vêtements bien propres qu’il respecte et range au pied de son lit. Il sort une BD de son sac et la lit « en attendant ». On lui présente d’autres BD , ce qui le met dans une grande joie spontanée mais vite étouffée. Les sentiments positifs ne sont pas absents mais très fugitifs.

Quand on lui demande ce qu’il rêve de faire dans la vie. Il réfléchit et dit qu’il rêve d’un long bain chaud, « parce que chez lui (même s’il a une piscine) il n’a pas un accès libre à la salle de bain. « Les douches c’est seulement un jour sur deux et c’est toujours très court, papa ne veut pas qu’on gaspille de l’eau. » Il prend un bain, et y joue comme un petit enfant avec la mousse et les canards en plastique à disposition. Il sort et se rhabille spontanément.

Invité à dîner, il rejoint la table avec les autres enfants et avertit qu’il ne mangera rien, car il n’aime rien. On le laisse libre. Il s’assoit , regarde les autres manger et quand les plats sont près d’être débarrassés, il les rattrape et se sert une tomate et tire un bout de pain et un gros morceau de fromage. Il mange timidement, avec quelque culpabilité et avec le malaise de se dédire, dit qu’il a faim et qu’il regrette de ne pas avoir pris du gratin de courgettes.

Puis il écoute les jeux , il découvre un livre sur les transports, et va chercher un petit groupe à qui il raconte que plus tard il sera pilote de transports, avion ou bateau il ne sait pas. … Les autres enfants partagent des projets de voyage. Jean se trouve supérieur d’être le pilote plutot que le passager. 

La journée se passe, avec de l’opposition qui reste inopérante car rien n’est interdit, ni le bain, ni le jeûne, ni la gloriole naturelle à cet âge. On lui propose de rester 3 mois pour voir. il préfère retourner chez ses parents parce que quand même il a un frère, et que une famille ça ne se change pas comme ça. Face à ces sentiments malheureux exprimés, nous lui proposons de réfléchir au moyen de faire le deuil du père idéal, qui l’aimerait toujours même quand il est dur et opposant car son père est humain et que face à une personne contrariante, même si c’est son enfant chéri, il est contrarié. Il reconnait spontanément que sa mère est plus patiente et endurante qu’il en profite bien, et consciemment, il joue à lui faire peur en se cachant ou à l’embêter en lui prenant dissimulant des objets du quotidien. 

Nous lui proposons de montrer l’exemple à ses parents en les acceptant comme ils sont , et en les aimant même quand ils se trompent, sans chercher à les punir pour leurs erreurs, ou les défier en les mettant en difficulté. 

Une approche systémique permet d’agir sur le comportement de l’enfant par la régulation de son milieu de vie ordinaire. L’enfant et ses comportements ont besoin d’être régulés? On ne peut pas changer l’autre? Qu’à cela ne tienne :

Vous êtes le scénariste de votre famille.

Je vous recommande d’abord de ne pas affronter ce projet seul : il vous faudra :

  • un ou plusieurs partenaires
  • un soutien psychologique ou une guidance familiale.

En effet , le trouble individuel de votre enfant a une dimension systémique qui vous amènera vous-aussi à évoluer et vous aurez besoin de soutien pour vous guider, consolider vos changements.

Votre mission, si vous l’acceptez, consiste à :

  • Pour parer au facteur physiologique : ayez avec votre enfant des activités stimulatrice du nerf vague. Ca fait du bien à tout le monde, ne vous en privez pas: massages, bains, sport, jeux de coordination etc. Cette indication ne prend que 2 lignes mais c’est la plus importante, car elle contribuera aussi à créer du lien et de l’attachement familial.
  • Pour renforcer les liens d’attachement : ne ratez pas une occasion de souligner la valeur ce ces liens pour vous et pour tous les membres de la famille. … Au cas par cas, dans pour chacun des symptomes identifiés, voilà ce que ça pourrait donner…  Mais vous inventerez votre style :
  1. Votre enfant s’ennuie seul : l’ennui est une source d’inspiration  ou une occasion d’etre envahi par un sentiment de solitude. Quand votre enfant oppositionnel a passé du temps seul, parlez ensemble de ce temps: A-t il pris du plaisir? A quoi , à qui a-t-il pensé? A-t-il fait des projets?  Peut on l’aider à les réaliser?  C’est quoi ton projet?
  2. Votre enfant ennuie  avec les autres ou les tourmente. Ce peut etre le signe d’un trouble de l’empathie, et du point de vue physiologique un faible taux d’ocytocine. Pour y remédier, tentez les caresses, s’il les supporte, le sport à deux ou il faut  se coordonner (courir ensemble, faire des pompes ensemble, jongler à deux, jouer au ping pong…des petites activités qu’on peut mener 5 minutes et passer à autre chose, ou des ballades à deux dans la nature, où on se coordonne à la nature et à l’autre en racontant ce qu’on aime.
  3. Votre enfant n’a pas la conscience de ses responsabilités. Définissez les rôles de chacun et les responsabilités de chacun dans la réussite des actions communes . Ca peut commencer très tôt!  2 ans: Tu fais pipi sur le pot. C’est ton rôle. Bravo! bien joué A moi maintenant de faire le rôle des prents, je vide le pot et je le lave. On est une chouette équipe! Tu invites 2 camarades de classe, je prépare un chouette repas, tu prépares des chouettes activités et tu leur fera passer un chouette moment. Tu fais un beau dessin et moi je l’encadre pour que tout le monde vois mon plaisir à profiter de tes talents…
    Faites attention à lui rendre ses responsabilités accessibles, en facilitant ou en aidant : ranger sa chambre peut l’effrayer et déclencher une angoisse et de l’agressivité. C’est ton rôle de ranger ta chambre quand tu as bien jouer. C’est mon rôle de faire en sorte que tu y arrives. tu choisis quelles couleurs? Bleu et rouge? OK, Tu ranges les objets bleus et rouges de ta chambre, je range les jaunes et les verts…
  4. Votre enfant ne supporte pas les critiques. Et vous? Un enfant ne supporte pas les critiques de ses parents parce que leur regard est tout pour lui. La critique des parents est susceptible de produire des atteintes de leur structure psychique : leur moi sous votre regard est tout pour eux. Il a besoin, pour se sentir en confiance et sécurité , d’avoir votre estime. Ne lui faites pas de critiques, ne lui faites jamais honte, pas plus qu’à vous meme ou à votre compagne-compagnon de vie ou à quiconque. La honte n’éduque pas. Félicitez le pour ce qui est bien fait, dites lui à quel point il est doué, et proposez lui de l’aider à finir à deux.
    Ne parlez pas en mal de votre enfant en son absence. Si vous êtes critiques, déçu, vous êtes aussi dans le deuil de l’enfant idéal que vous avez fantasmé. Il le sentirait et la honte surviendrait peu à peu.
  5. Il se met en colère. C’est l’effet de plusieurs sentiments contradictoires et d’une situation frustrante: il voudrait etre aimable partager, ne pas tout vouloir pour lui, mais il veut aussi tout pour lui, pour vérifier qu’il est infiniment aimé. Il voudrait etre aimé, alors il boude dans sa chambre pour vérifier que sa maman va trouver son absence insupportable et venir le chercher mais il se sent seul.. Dès qu’il se met en colère, assurez le de votre amour inconditionnel, dites lui que le temps est son allié et qu’il peut l’utiliser pour calmer sa colère. Que vous restez à coté de lui pour assister à sa victoire… que vous attendez le signal « j’ai gagné, la colère est partie », pour féter ça avec lui.
  6. Il conteste ce que disent les adultes : C’est pour lui un moyen d’attirer de l’attention sur lui. On vous conseillera de l’ignorer volontairement pour ne pas nourrir le plaisir d’un gain quelconque par l’opposition (ignorance intentionnelle) Mais ce serait une source de douleur pour lui aussi. Dites lui, que votre rôle n’est pas d’avoir toujours raison ou de lui concéder qu’il ait toujours raison mais de discuter avec lui, parce que la discussion nourrit le lien précieux qui vous unit, qui qui fonde la famille. Insistez souvent sur les liens entre vous qui donnent à chacun des rôles pour la vie du groupe.
  7. Il s’oppose, refuse les contraintes. il faut de l’énergie psychologique pour pouvoir accepter les contraintes, vous le savez vous même , quand vous êtes fatigués, vous avez du mal à vous soumettre à des contraintes. Votre enfant opporsant n’a pas beaucoup d’énergie, allégez les contraintes , concentrez vous sur l’essentiel. Qu’ils choisisse ce qu’il mange parmi 3 propositions simples : des fruits , des céréales, tant qu’il y en a, à volonté, le gratin que j’ai préparé parce que je sais que tu aimes, ou n’importe lequel des restes de la semaine que tu peux te faire réchauffer.
  8. Il est souvent faché et plein de ressentiment : exprimez lui toujours votre compassion, dites i que vous sentez ce qu’il sent que vous êtes plein d’empathie, demandez lui s’il sent votre amour pour lui, donnez lui du temps et … respirez fort pour bien ancrer votre humeur à la bienveillance et à ne pas vous laisser entrainer par mimétisme dans son humeur fâchée et facheuse! Gardez vous en bonne santé psychique, buvez de l’eau fraiche pour vous rafraichir les idées, proposez lui de boire ensemble (de l’eau fraiche!) pour oublier les idées tristes;

Peu à peu chacune de vos attentions développeront votre capacité empathique et la sienne. N’en doutez pas. Des études ont montré qu’en 5 semaines d’attention constantes dans le sens d’une empathie familiale consciente, les taux d’ocytocine commencent à monter.

Ayez fois en votre amour pour votre enfant, faites vous aider pour dissiper le deuil de l’enfant idéal, du parent idéal, de la famille idéale et vous retrouverez une ambiance familiale agréable avec le sentiment d’une immense victoire.

Ressources et inspiration :

  1. Vagus nerve stimulation as a potential adjuvant to behavioral therapy for autism and other neurodevelopmental disorder
  2. Nouvelles violences à l’adolescence… Quelles limites ? | Cairn.info
  3. Dysfonctionnements émotionnels dans le trouble déficit d’attention/hyperactivité (TDAH) – ScienceDirect