Répondre aux besoins de votre enfant en l’aidant à organiser ses émotions:
Introduction : Quand l’enfant a peur, le parent s’inquiète
Quand nos enfants sont inquiets, nous le sommes aussi. Et réciproquement ! Lorsqu’un événement perturbe notre enfant au point d’installer un comportement de méfiance qui persiste pendant des semaines, nous nous inquiétons et cherchons de l’aide.
Pour aller à l’essentiel vous pouvez
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retrouver les essentiels dans la fiche résumée : la régulation émotionnelle en 4 temps – ART FAMILIAL
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retrouver le cours complet sur la régulation émotionnelle guidée ou autonome: Accompagner une régulation émotionnelle – ART FAMILIAL
L’histoire de cette maman et son fils de 5 ans
Une maman me consulte et me demande :
« Est-ce que la peur durable d’un enfant, qui se manifeste par des comportements de contrôle, de vérification ou des besoins de sécurisation est normale?
Est-ce que, si ça dure longtemps, c’est grave? Est-ce un stress post-traumatique?
Longtemps, c’est à partir de combien de temps? »
Je félicite cette maman pour son attention aux besoins émotionnels de son enfant :
- Son regard observateur
- Sa curiosité pour comprendre les émotions de son enfant
- Sa recherche d’une réponse adaptée
Voici comment elle décrit la situation :
« Il y a quelques mois, le papa était avec les enfants dans un vaste espace très fréquenté. Nous allons souvent aux capucins de Brest, les enfants connaissent et sont confiants. Notre grand, 5 ans, fort dégourdi, aime circuler en trottinette dans le grand hall.
Ce jour-là, il s’est affolé d’avoir perdu de vue son papa, qui s’était lui aussi déplacé avec son skate board, sans le prévenir. ‘Papa était là, j’ai fait 3 tours et je regarde encore et bah! il n’y est plus!’ Il s’inquiète et se met à pleurer. Son papa le rejoint peu de temps après.
Papa savait où était son fils, il l’avait gardé à l’œil, mais le petit ne savait pas où était son papa. Et mon garçon m’a raconté toute l’histoire quand ils sont rentrés à la maison. C’était important.
Depuis, ça dure. Cela fait 5 mois que notre grand aguerri est fragilisé. Il montre de l’inquiétude qu’il n’avait pas avant. Il ne s’éloigne plus dans les grands espaces, il panique si je sors de son champ de vision. Il donne la main dans les rues bondées, mais il lui arrive aussi de m’appeler dans la maison au travers des pièces, juste pour s’assurer que je sois encore là.
Pourtant, j’ai été attentive à valider son ressenti. J’ai accueilli : Il a eu peur. J’ai voulu normaliser la situation : la peur c’est normal et utile.
Mais est-ce qu’il s’y enferme? »
Comprendre la peur qui persiste
La peur est là pour nous protéger. L’enfant ressent la peur qui lui parle de son besoin de sécurité. Pour éviter de revivre une situation inquiétante, ce petit garçon a mis en place une stratégie de contrôle et d’évitement.
La peur répétée qui ne passe pas en « grandissant » devient limitante : on s’y enferme comme dans une cachette verrouillée. C’est une perte d’équilibre, de puissance et de liberté.
Ce que j’observe chez la maman, c’est que sa propre inquiétude l’empêche d’être pleinement « régulée » émotionnellement. Tant qu’elle n’est pas personnellement apaisée, les solutions qu’elle apporte à son enfant restent fragiles.
Le trauma fécond : transformer une peur en ressource
La peur est utile face à un problème, elle protège. Quand on la dépasse, on se sent capable d’assurer seul sa propre sécurité.
Comment transformer une expérience difficile en expérience positive?
La maman cherche comment s’adresser à son enfant pour le mettre sur le chemin de la « peur féconde » :
« J’aurais pu l’inviter à célébrer ensemble cette peur. Comme cela? ‘Wouah, tu as vu comment ta peur te protège? Merci Peur d’être là!' »
Je lui réponds :
« Effectivement, tu sens qu’il n’est pas en état de détente. Ton intention serait de lui faire sentir qu’il a déjà des ressources, qu’il les a mobilisées de façon pertinente. Ensemble, vous pourriez célébrer sa croissance vers l’autonomie. Tu es heureuse de ses capacités et ton enfant se nourrit de l’impact qu’il a sur toi. »
Il est important de rejoindre l’enfant dans sa « cachette-peur » et de l’inviter à en sortir :
- On ralentit
- On écoute
- On ne console pas tout de suite
- On l’aide à retrouver son équilibre physique et ses sensations
La maman dit à son enfant :
« Cette peur c’est un peu comme la cabane quand on joue à ‘touche le loup’, une cachette quand on joue à ‘cache-cache’, tu t’y sens en sécurité. Bravo, tu sais te mettre en sécurité et tu sais aussi que si tu restes toujours dans ta cachette, tu ne peux pas jouer avec les autres. Tu sens bien que tu as envie de sortir de cette cabane. »
C’est bien vu ! Elle invite son enfant à traduire ce qu’il a vécu dans un contexte de plaisir, ce qui dédramatise la situation.
N’oubliez pas de célébrer ses réactions :
« Bravo tu as vu que papa n’était pas là où tu pensais, Bravo tu t’es mis à pleurer pour apaiser ton stress et bravo, parce que ça a aussi donné l’alerte et papa t’a entendu et il t’a rejoint! C’était champion. »
Le frein vagal : l’outil naturel d’apaisement
Le « frein vagal » est la capacité du nerf vague à ralentir les fonctions du corps pour favoriser un état de calme. Quand il fonctionne bien, il nous permet de :
- Réguler nos émotions
- Encourager des interactions sociales positives
- Favoriser la récupération
- Comprendre nos forces
Les expériences positives d’enfance peuvent contrecarrer les expériences négatives. Ce n’est pas tant l’épreuve inquiétante que le manque de soutien qui peut créer un stress post-traumatique.
On peut activer le frein vagal avec :
- Des interactions bienveillantes
- La respiration profonde
- Des sourires
- Du chant ou des sons apaisants
Prévoir un futur soutenable : des stratégies concrètes
Après avoir accueilli les émotions, explorez ensemble avec curiosité et humour ce qu’il pourrait faire la prochaine fois :
« Comment aurais-tu pu faire en restant calme et confiant? Si tu nous perds de vue, que pourrais-tu faire? »
Créez des repères sûrs et cohérents :
- Dans une grande surface : « Si on se perd, tu vas aux caisses et tu demandes la caisse N°1 »
- Au marché : « On se retrouve devant le marchand d’œufs avec la grande enseigne »
- En balade : « Si on se perd de vue, on retourne toujours au dernier endroit où on était ensemble »
Le trauma comme expérience de croissance
Cette maman s’est aussi demandé si la peur de perdre ses parents pourrait être le début de la conscience de la finitude.
Effectivement, c’est un moment d’apprentissage qui peut avoir une dimension plus large. La « croissance post-traumatique » permet de développer une capacité accrue à apprécier la vie et à trouver un nouveau sens.
Dans un environnement soutenant, l’enfant va développer une identité qui s’éloigne du trauma et sentir sa propre résilience. Il comprendra que même s’il a perdu temporairement le contact avec son parent, il est capable de traverser des épreuves.
Comme le conclut l’enfant : « Les difficultés, ça donne de la force »… quand le parent répond à ses besoins émotionnels et lui permet de construire sa confiance en lui.
Tenir ensemble le négatif et le positif
La proposition n’est pas de se concentrer uniquement sur le positif, mais d’englober à la fois le traumatisme et l’expérience positive. C’est cette combinaison qui permet de répondre aux expériences potentiellement traumatisantes.
Le pouvoir d’agir n’est pas seulement une compétence, c’est l’expérience de celle-ci mise à l’épreuve de défis relevés ou non.
Les divergences dans le couple parental
Les parents peuvent avoir des approches différentes face aux émotions de leurs enfants. L’essentiel est que l’enfant ait au moins une personne de soutien. La bonne entente des parents est une expérience positive fondamentale, plus importante que l’uniformité des pratiques.
Dialoguez sans reprocher ni culpabiliser. Un seul soutien peut suffire à l’enfant pour transformer une expérience difficile en expérience positive

