Entre Soi et Nous : Naviguer dans l’ambivalence de nos besoins dans le Couple
La danse complexe entre nos besoins individuels et notre désir de connexion au sein du couple crée souvent des tensions profondes. Cet article explore cette ambivalence fondamentale et propose des pistes pour réconcilier ces forces apparemment opposées.
Le Dilemme Universel

Dans de nombreux couples, un schéma récurrent apparaît : l’un ou les deux partenaires se retrouvent pris dans une tension douloureuse. D’un côté, ils ressentent le besoin légitime d’être alignés avec eux-mêmes, de s’écouter et de se réguler. De l’autre, ils éprouvent un désir tout aussi légitime d’accomplissement à travers leur lien à l’autre.
Cette tension crée une double honte paradoxale :
- Honte de l’individualisme : « Si je m’occupe de moi, je mets notre relation en danger »
- Honte de l’abnégation : « Si je renonce à mes besoins, je me trahis et deviens incapable d’être présent authentiquement »
Remarque sur consentement et abnégation:
Le consentement unit toutes vos parties intérieures dans un « oui » lumineux, tandis que l’abnégation étouffe votre voix sous un « oui » qui cache un profond « non ».
Je vous propose de comprendre comment vous pouvez trouver le chemin de consentir à vos choix, ou des choix communs et ne plus vivre l’abnégation douloureuse qui produit regrets, culpabilités, ressentiments et pour les plus irresponsables ou ceux qui ont le plus grand sens du sacrifice, promesse de postures de victimes et de plaintes à venir ‘(explicite ou ruminées ).
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Manifestations corporelles |
Le consentement | L’abnégation |
| Respiration | Ample et profonde | Superficielle, souvent retenue |
| Muscles | Détendus mais toniques | Tensions musculaires chroniques (particulièrement épaules, cou, mâchoire) |
| Posture | Ouverte et équilibrée | Contractée ou effondrée |
| Visage | Un expressif et vivant | Figé dans un sourire social ou une expression neutre |
| Voix | Claire et modulée | Étouffée, hésitante ou monotone |
Les Racines Profondes du Conflit
Cette ambivalence n’est pas anodine. Elle puise souvent ses racines dans nos expériences précoces. L’enfant qui exprime ses besoins individuels peut inconsciemment craindre de mettre sa figure d’attachement « en danger ». Cette croyance infantile peut persister à l’âge adulte, créant un sentiment de culpabilité lorsque nous priorisons nos propres besoins.
Exemples Concrets de Manifestation
Exemple 1 : L’Altercation en Voiture
Il nous arrive de subir du stress et d’y mal réagir pendant un trajet en voiture. (dans la situation traitée en séance c’était un risque soudain, une erreur de conduite produite du fait d’altercation des enfants à l’arrière, mais ça pourrait être une rumination sur une difficulté professionnelle ou un vague à l’âme quelconque)
Un des deux conjoints, le conducteur ou le passager, devient silencieux et bouleversé. C’est du stress. Il pourrait gérer ça mieux mais là il n’a que la ressource de la fuite. L’autre le sent et remarque : « Tu es différent. » … aussi bien c’est le stress de ça moitié qui a déteint sur lui et qui le fait stresser lui aussi! Et il fait pareil, il réagit mal: c’est à dire en mode évidement ou contrôle, son conjoint était dans l’évitement et lui il est dans un contrôle ( i pense Ah mais dis donc, tu n’as pas le droit de bouder , on est là pour prendre du plaisir!) ou un contrôle du contrôle ( ouille il boude ça m’énerve mais je vais rien dire, ou alors seulement avec un air étonné… Lol, il voudrait ne pas contrôler mais il ne peut s’empêcher meme en contrôlant son contrôle de faire sentir à l’autre un reproche sous entendu)
Donc, on n’y échappe pas, cette simple observation est interprétée comme un reproche, déclenchant culpabilité et justifications défensives. Ce qui se voulait être une simple constatation devient une fracture dans la confiance mutuelle :
Le méditatif se sent empêché de méditer sur lui même et de se restaurer dans son jardin intérieur:
Ecoutons le exprimer son désarroi: « Malheureusement l’autre qui me dit « tu es différent(e) » n’a, à mon ressenti, pas la capacité de sentir avant que je ne m’explique. Et dans mon trouble, je ne sais pas expliquer : « Une part de moi a besoin de distance pour me réguler ET une autre part a besoin de connexion avec toi. » . L’autre ne pense qu’à son besoin qui est que je reste loyal à notre relation, et fidèle à l’image qu’il(elle) se fait de lui(elle) ou plutôt de nous deux. Il faudrait d abord qu’on puisse se reconnaitre comme n étant pas toujours et seulement la moitié de l’autre dans le couple mais 2 personnes indépendantes qui, par l’estime partagée et la confiance gagnée, font le choix d une vie a deux tout en restant chacun indivisible et unique et fidèle à sa propre personnalité et moralité … Le choix d’une vie a deux ne peut que créer un déséquilibre si celui qui s’inquiète et dit à l’autre « tu es différent(e) » ne reconnaît pas la part d’inquiétude, d’agressivité et d’intolérance dans sa phrase dans laquelle on peut entendre « je ne te sens pas parfaitement en lien et uni avec moi. » Dans un tel cas je ne me sent pas coupable mais terriblement agacée par ce manque de considération de mon individualité.
L’autre se sent rejeté alors qu’il venait peut être avec compassion vers son compagnon méditatif.
Et oui. Mais on ne peut pas changer l ‘autre. Ni dans un sens ni dans l’autre… Alors comment rester soi même quand l’autre est inquiété par qui on est ? Nos solutions répondent à ce genre de situation.
(spoiler Alert: Quand on veut changer l’autre c’est toujours qu’on a besoin d’empathie pour soi-même!)
Exemple 2 : Les Activités Personnelles
Un partenaire s’engage dans une activité personnelle (aller courir, avancer des travaux jusqu’à en oublier la notion du temps et y rester trop longtemps, téléphoner à une amie, lire un livre… ) sans en annoncer à l’avance ou chemin faisant le projet ou le récit détaillé à l’autre.
Ce comportement normal (devons nous tout prévoir? ne pouvons pas nous laisser guider par notre inspiration notre créativité et nos besoins?) alors qu’il n’est pas accompagné de la communication que l’autre attend est interprété comme « fuyant » plutôt que comme une simple expression d’individualisme sain.
Pouvons nous vivre en couple sans liberté? sans attentes? sans interprétation?
Est ce la liberté prise, l’absence de communication, l’attente sur l’autre qui est source de crise, ou quelque chose de plus profond?
La solution n’est certainement pas une solution comptable où chacun accorde à l’autre une certaine dose de liberté pour se créer une dette de liberté dont il pourra profiter pour ses propres besoins d’évasion. Cette solution qui donne pour recevoir au contraire risque bien d’aggraver le problème quand après quelques années de vie commune, on sort un bilan comptable de toutes les inégalités perçues. Pour dépasser cet esprit comptable que nous donne trop souvent les expériences scolaires je vous propose de découvrir le principe de la koinonia qui ne compte pas . Il s’agit alors de donner en amour, comme un enfant de Roi.
Exemple 3 : Les choix Quotidiens
Préparer un repas simple (céréales, fruits, yaourt) plutôt qu’un menu élaboré en trois plats peut être perçu comme un désengagement du collectif, du bien commun, du soin à l’autre, de la qualité de l’accueil des proches, alors qu’il s’agit d’une adaptation légitime au temps disponible, au garde manger et à son niveau d’énergie disponible.
Inviter au restaurant pour faire plaisir ou se prendre plaisir soi meme à cuisiner un bon repas pour le couple ou le groupe , cela peut être vécu l’un et l’autre dans l’abnégation si on fait plaisir à l’autre sans écouter ses propres préférences.
Exemple 4: Les projets du couple

Créer un foyer accueillant, changer la voiture, investir dans un commerce, reprendre des études, aider un parent en difficultés, partir en vacances Si nous pouvions tout faire, il n’y aurait pas de dilemmes.
Si tous les membres de la famille voyaient tous les projets du même œil avec le même sens des priorités, il n’y aurait ni discussion ni tensions.
Mettons que vous soyez de ceux qui ont du économiser, patienter, mériter avant de réaliser vos projets. Au début de votre vie commune, la vie était simple et les projets essentiels. Chemin faisant tandis qu’on patiente pour réaliser le projet essentiel du couple, voilà des projets secondaires qui se présentent. S’ils ne sont pas important ni urgent, alors ils ne sont pas concurrentiels, n’en parlons pas. Mais il peut y avoir de graves conflits si un projet essentiel pour l’un des deux vient interférer avec le projet principal de la famille, et un conjoint trouver de l’amertume à ce que ses abnégations au nom du projet familial doivent se prolonger parce que l’autre conjoint arbitre en faveur d’une nécessité personnelle: aider un parent malade, un frère en faillite personnelle, une mère sans abri…
Cela se voit aussi sur les questions de ressource temps : temps donné pour le couple ou temps donné au travail ou aux parents ou aux enfants d’un précédent mariage… Il n’y a aucune discussion qui puisse amener de l’entente cordiale car pour chaque conjoint l’évaluation du niveau de priorité de chaque projet est différente.
Calculons cela en termes d’attractivité cognitive d’un projet = Prégnance de ce projet dans ma culture familiale * valeurs de la réalisation du projet / couts du projet
Dans ma famille, du coté de ma mère de mon père et pareil chez mon conjoint, on est des bâtisseurs, des travailleurs, des gens qui aimons recevoir dans une maison accueillante plutôt que des voyageurs , des vacanciers … Donc la prégnance du projet immobilier et les valeurs associées ( offrir un bel espace aux réunions familiales, pouvoir recevoir les enfants aux vacances, assurer la sécurité du futur… ) sont fortes et on a tendance à minimiser le cout de production (temps de travail sur le chantier, cout des matériaux et des outils, charge mentale de vivre dans des lieux jamais terminés, économies incessantes, pression de la dette etc) et dans la votre? Prégnance importante, valeurs importantes, cout minime. l’attractivité est forte
C’est moins important que payer les études des enfants , plus important que de partir en vacances, moins que d’aller au chevet d’un ami en détresse.
Quand dans les valeurs, les couts et la prégnance entrent des notions de loyautés aux proches et du cout de l’entraide familiale, cela devient une torture dans le couple car forcément les ressentis de chacun vis à vis de la loyauté est différente. Est ce que je renoncerai à mon projet maison pour aider ma famille? est ce que je vais accepter d’être la victime de l’indigence dans laquelle mon proche ou le proche de mon conjoint s’est mis par étourderie? et si c’est la maladie qui frappe? Et si ce proche c’est mon enfant ou l’enfant de mon frère? ..
Faut il qu’à ces problèmes douloureux viennent s’ajouter des tensions dans le couple? . J’espère que la suite pourra vous aider.
Les Clés pour Transcender ce Dilemme
1. Renforcer la Confiance en Soi et dans la Relation
Paradoxalement, c’est en cultivant une relation saine avec soi-même qu’on renforce sa capacité à être en lien avec l’autre. La confiance en soi alimente la confiance dans la relation et légitime le droit de chacun à équilibrer moments pour soi et moments partagés.
2. Cultiver l’Hybridation des Moments
Intégrer consciemment des éléments d’orientation vers soi dans les activités collectives, et inversement. Par exemple : « Je cuisine pour nous deux, mais je choisis la complexité du repas en fonction de MON énergie disponible. »
3. Identifier et Célébrer les Deux Types de Moments
Reconnaître explicitement quand on est dans un mode collectif et quand on est dans un mode individuel. Célébrer les deux aspects plutôt que de culpabiliser pour l’un ou l’autre.
Il est utile de savoir quotidiennement célébrer les moments qu’on a pris pour soi et les moments qu’on a donné aux autres.
De même il est utile de sentir quand moi ou l’autre a donné de ses ressources pour soi même et pour les autres ( patience, finances, liberté de décider ou d’agir … )
4. Bannir les Reproches, Cultiver l’Observation
Le reproche est souvent plus dans l’interprétation que dans l’intention. S’entraîner à entendre les remarques comme des observations factuelles plutôt que comme des jugements. Et si l’autre s’est laissé emporter par ses peurs de perdre l’amour ou de ne pas compter, ou de ne pas avoir d’impact sur l’autre, alors prendre en compte, de là où on est (aligné en soi), l’état dans lequel est le conjoint et avec lui observer encore somment il se sent et quels sont ses besoins.
5. Communiquer ses Besoins Contradictoires
Reconnaître et verbaliser l’ambivalence : « Une part de moi a besoin de distance pour me réguler ET une autre part a besoin de connexion avec toi. » Cette double reconnaissance évite la polarisation.
Applications Pratiques
Pour la Communication Quotidienne
- Filtrer
les reproches perçus : « Est-ce que j’interprète cela comme un reproche alors que c’est peut-être une simple observation ? » « Est ce que ,si c’est une remarque/reproche, cela est exprimé par l’autre contre moi ou malgré lui même ? » - Communiquer depuis son ambivalence : « Je ressens X et j’ai besoin de Y, et en même temps, j’ai aussi besoin de Z. »
- Affirmer la constance de l’engagement : « Quelles que soient mes attitudes du moment, mon amour et ma loyauté envers toi restent intacts. »
Pour la Régulation Émotionnelle
La communication non-violente commence par soi : s’aligner avec ses valeurs et ses besoins avant d’entrer en communication.- Rester régulé face aux « tempêtes émotionnelles » de l’autre, sans se laisser déstabiliser.
- Depuis cet état de régulation, explorer ensemble des stratégies qui respectent les besoins individuels et collectifs.
Conclusion
L’ambivalence entre individualisme et collectivisme n’est pas un problème à résoudre mais une tension créative à intégrer. Le couple épanoui n’est pas celui qui élimine cette tension, mais celui qui apprend à danser avec elle, en créant un espace où chacun peut être pleinement soi-même tout en étant profondément connecté à l’autre. En reconnaissant cette dualité inhérente à notre nature humaine, nous pouvons transformer ce qui apparaît comme un conflit en une source de croissance et d’enrichissement mutuel.
Epilogue cadeau
Un jour j’ai proposé à mon mari un projet couteux et engageant. Il n’était pas pour. Je suis souvent très motivée, un peu exaltée, presque vindicative quand je défends mes projets. Mon mari s’est laissé convaincre. Peu de temps après le projet s’est avéré être un désastre. La plus grande gratitude que j’ai pour cet homme c’est qu’il n’a pas tiré profit de cet épisode pour m’enlever sa confiance ni pour me rappeler régulièrement que je ne sais pas évaluer les risques, que je suis aveuglée par ma bonne volonté et mon désir de rendre service etc. Il a seulement dit que c’était pas de chance et qu’il préférait ne plus y penser, tout juste comme si ce projet était » brûlé ». Il ne m’en a plus jamais fait de reproches.
Il n’a pas toutes les qualités, mais il sait ne pas prendre d’avantages au moment où je suis en position de faiblesse. Il sait donner le meilleur de lui même pour que je puisse donner le meilleur de moi même.
Si vous savez faire cela : ne jamais user de vos forces pour prendre avantage sur le conjoint en position de faiblesse alors vous êtes un partenaire fiable, une personne ressource, une lumière dans la vie de votre partenaire.

